4 jours. 4 jours à attendre à Port La Nouvelle, à la sortie du canal. 4 jours de tramontane, impossible de mater.
4 jours sans pouvoir recharger les batteries autrement qu’au moteur, car à la capitainerie de Port La Nouvelle, ils ont du se dire « puisque de toute façon la ville n’a aucun intérêt, puisque le port est moche et sans ambiance, pourquoi donc offrir l’électricité au quai ??? »
Et enfin, mercredi matin, rendez-vous à 11h au chantier nautique pour mater. …et bien sur, à 10h, la tramontane qui recommence à souffler. Finalement le mat était en place à 12h30. Et toujours le vent qui monte… Mais la perspective d’une nuit de plus à Port la Nouvelle me motive à prendre la mer. Trop de vent pour installer le génois (la voile d’avant), je pars donc avec le tourmentin (petite voile d’avant endraillée sur un étai largable nouvellement installé par my-self, à tester) et la grand voile préparée avec un ris (réduction de la surface d’un tiers). A peine sortie du port je me rends compte que ça souffle vraiment. Moment de doute : est-ce bien raisonnable de se faire chahuter avec un bateau qui vient juste d’être maté ? Est-ce que j’ai bien réglé les haubans ? Je me mets « bout au vent » pour envoyer la grand voile. Moteur à fond, je n’arrive pas à me tenir face au vent plus de 5 secondes, et le bateau n’avance pas. Donc de toute façon, faire demi-tour pour revenir dans le port est exclu.Ca répond à la question « ne serait-ce pas plus raisonnable de renoncer ? ». Je prépare un deuxième ris, et je rentre le tourmentin. Grand voile hissée, enfin. Mais bordel ça souffle vraiment ! Je suis déjà à 7 nœuds, le bateau vibre, mais surtout, il y a un sifflement insupportable : le profil de l’étai creux (pour le génois, non installé) est comme un sifflet. Un sifflet de 10 mètres de haut ! Comme j’ai toujours navigué avec le génois à poste, c’est une découverte. Ambiance « charge de CRS énervés ». C’est stressant, assourdissant, et je n’entends pas les vagues arriver par derrière, ce qui me vaut quelques bons paquets d’eau de mer dans le coup. Mais ce n’est pas la Bretagne avec son crachin et son vent frais, il fait 25° et le ciel est bleu ! La mer brasse un peu mais c’est un vent de terre, et en restant proche du rivage ça reste gérable. Passage du Cap Leucate. Le vent monte encore un peu. C’est le moment ou je me demande comment je vais m’y prendre pour affaler la grand voile, parce que tenir bout au vent sera difficile. Je n’ose pas me demander si ce sera possible. De tout façon il faudra bien s’arrêter à un moment. Je commence aussi à me demander dans quel ordre agir si le mat tombe, car j’entends le bateau qui craque dans les surventes. Je ne prends aucun plaisir, c’est juste inconfortable, bruyant et stressant. 8,8 nœuds. Tiens c’était quoi déjà le record de Jean-François ?... il faudra vérifier.
Passage devant l’entrée du port de Leucate. Le vent mollit un peu. Je n’hésite pas une seconde : bout au vent, j’affale en 5 secondes, rabante illico, saute dans le cockpit pour consoler le pilote automatique qui lui aussi se met à siffler car il n’arrive plus à tenir le cap. Ce sera donc Port Leucate pour ce soir.
Arrivé au port, discussion sympa avec les voisins de ponton. Des anglais bien sur, bien habillés bien sur. Je demande « Did you sail today ? » Les deux compères se marrent et me répondent « hum… we tried ! » Ils me diront ensuite que leur anémomètre mesurait 38 nœuds de vent deux heures auparavant. C’était donc bien force 7 rafales à 8. Si ça ne vous dis rien, essayer de sortir la tête par la fenêtre de votre voiture quand vous roulez à 70 km/h…
Soirée resto pour se remettre.
Pas de photo de cette aventure (au moment ou vous avez essayer de sortir la tête par la fenêtre de votre voiture, est-ce qu’il vous ait venu à l’esprit de prendre une photo ? après coup on se dit « ça aurait été marrant ! », mais sur le moment, on n’y pense pas…)
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